2027 : escapades orbitales pour Thomas Pesquet et Arnaud Prost
Pendant que Sophie Adenot s’applique présentement à sa mission de longue durée sur la station spatiale internationale, les intérêts stratégiques français en orbite ont vu l’aubaine de s’envoler bientôt. Ce 1er juin se tenait au château de Versailles le sommet Choose France cherchant à poser l’attractivité économiques de la France, sous la gouverne d’Emmanuel Macron. Dans le volet spatial, la startup américaine Vast y a déclaré l’ouverture de son siège européen à Paris ainsi que la nouvelle d’une double participation française à son planning commercial. En clair, Vast offre pour 2027 une place à deux astronautes français sur des vols privés, i.e. l’émérite Thomas Pesquet et le rookie Arnaud Prost, où le premier commandera la mission PAM-6 à destination de l’ISS et le second agira en ingénieur de bord sur la mission inaugurale de la première station privée au monde, Haven-1. Vast program s’il en est !
Vast pave donc déjà sa voie dans cette optique. L’exemplaire de vol de Haven-1 est en cours d’intégration à son quartier général de Long Beach, lequel se compose d’un unique module de près de 10m de long par 4 de large, avec un volume intérieur de 45 m³, et dont le design a été conçu pour être commode. Cette station où l’on mènera notamment des recherches de pharmaceutique ou de fabrication de critstaux sera visitée à quatre reprises, et inaugurée par un équipage transporté par un lanceur Falcon 9 et une capsule Crew Dragon de SpaceX (idem concernant les PAM). Ce dans une dynamique alternative aux moyens étatiques par la case privée, néanmoins en ayant toujours recours à des passagers professionnels sans l’appellation de simples touristes.
Voilà ce que réserve la compagnie à nos deux français qui ne démordront pas en responsabilités et opportunités. Ainsi Arnaud Prost, 33 ans, pilote militaire et astronaute de réserve de l’agence spatiale européenne depuis 2022, s’est fait attribuer le siège d’ingénieur à bord de cette fameuse mission de démonstration pour Haven-1, ce qui promet d’être inédit d’autant plus qu’Arnaud deviendrait le plus jeune français à s’être rendu dans l’espace. Quand à Thomas Pesquet, 48 ans, la fine fleur du spatial national et vétéran de ses deux précédentes missions Proxima et Alpha, il n’en serait pas en reste par son rôle de commandant de PAM-6, la première organisée par Vast vers l’ISS.
Cette collaboration avec le gouvernement français rentre dans les ambitions de la jeune entreprise pour se tailler la part du lion, en tant que prestataire d’accès à l’espace. Là où le calendrier de l’ISS touche à sa fin et que la station doit être désorbitée vers 2031, la NASA s’appuie sur l’écosystème privé américain pour proposer des solutions garantissant une présence humaine en orbite basse. Fondée en 2021, l’acteur californien Vast souhaite se placer comme remplaçante de l’ISS, et prévoit à long terme une grande station à gravité artificielle dont les éléments seraient lancées par Starship, ou s’est lancée dans sa propre gamme de plateformes satellitaires. Et ses plans avancent vers la mise sur orbite à l’été 2027 de sa station expérimentale Haven-1, dont des composantes technologiques ont pu être éprouvées récemment lors de la mission de validation Haven Demo de novembre 2025 à février 2026 sur un satellite de 552 kgs. Par supervision de la NASA qui alloue et commande actuellement des vols commerciaux vers l’ISS (les PAM pour Private Astronaut Missions), Vast s’est arrangée en février l’exécution de PAM-6, alors que tous les précédents auront été opérés par sa concurrente Axiom Space dont elle briserait bien le monopole.
Ces deux séjours ne dureraient pas plus de deux semaines et jalonneraient l’exploration habitée, tout en se focalisant sur des expérimentations scientifiques, des démonstrations techniques et la communication grand public. Il y transparaitrait toute le savoir-faire et l’expérience du CNES, au travers de ses instituts de recherche CADMOS et de médecine MEDES, ainsi que des organismes nationaux.
Notons que cela est rapporté au conditionnel puisque la nature de l’accord reste incertaine, selon qu’il s’agisse d’une signature formelle ou d’un moratoire. De même les coûts engagés ne sont pas connus, et il faut conserver des réserves quand à des délais et complications possibles dans le développement de Haven-1. La constitution des deux équipages non plus n’est pas connue, mais devra s’aligner en fonction des rapports diplomatiques de la France. Soulignons enfin que si les deux astronautes sont approuvés par le MCOP ou Comité Multilatéral des Opérations d’Equipages (i.e. l’organe sélectionnant les astronautes en partance vers l’ISS et représentant les partenaires américain, russe, européen, japonais et canadien dans le programme de l’ISS), Thomas serait le premier commandant étranger d’un véhicule américain : une première qu’une révision des modalités de la NASA a permise.
Pour en savoir plus et approfondir les détails relatifs au partenariat entre la France et Vast ou sa signification éventuelle pour le spatial habité, référez-vous aux communiqués de Vast et du CNES, aux articles de la Cité de l’Espace, Pierre-François Mouriaux pour Air&Cosmos, Jeff Foust pour Spacenews, Rémy Decourt pour Futura ou de Hugo Ruher pour Numerama !
Quand à moi, je vous souhaite un bon retour sur Terre et d’ici votre prochain vol, longue vie et prospérité !
Merci de même à Pif pour sa relecture !
