Récupération de CZ-10B et moonshot chinois

Barge Linghang Zhe où s'est posé le booster de CZ-10B, en mer de Chine © Via 天顶远山 sur Weibo
La CZ-10B sur son pas de tir de Hainan, flanqué d'une tour de rétention d'eau (structure bleue) et de son système de déluge à la base (en orange) © 二楼后座 via Weibo

Le lanceur utilisé appartient à une variante des Longue Marche 10, une gamme parmi les plus modernes du parc chinois (et non des moindres) conçue par la CALT (Chinese Academy of Launcher Technology), en coopération avec la CASC. Elle est pensée comme banc d’essai à l’emploi du CZ-10A, d’autant que leurs premiers étages sont intervertibles. Le CZ-10B est une fusée moyenne bi-étages à propulsion cryogénique i.e. sous ergols extrêmement refroidis, supportée par 7 moteurs YF-100K kérolox (tournant au mélange kérosène-oxygène) puis par un YF-219 au méthane sur son second étage, le tout pour une hauteur de près de 63m et un diamètre de 5m. Elle présente une capacité d’emport de 16t en orbite basse, légèrement plus faible que son homologue outre-Pacifique Falcon 9, et comme cette dernière est semi-réutilisable.

Vidéo montrant le processus de capture par les câbles © Ace of Razgriz via X-Twitter

Il s’agissait d’une étape de taille que les chinois ont donc franchie dans le développement de systèmes, aussi bien de vol qu’au sol, de lancement impliquant à terme une cadence et des enjeux élevés. Figurent comme records à ce tir celui de la première récupération orbitale réussie en Chine (deux précédents échecs sont à déplorer du côté des lanceurs CZ-12A et Zhuque 3), de la première manœuvre de ce type par filet dans l’histoire, et le pays est devenu le second seulement à accomplir une récupération de lanceurs orbitaux. Il rejoint de fait un cercle très fermé en tant que 5e acteur non-américain, les places présentes étant occupées par les compagnies privées SpaceX et Blue Origin.

Si ce vol pourrait bien faire des émules, il coche une case significative dans la feuille de route de la croissance chinoise dans l’espace, en cela qu’il a validé en profil complet le fonctionnement d’un premier étage au rôle capital au sein du programme lunaire. Si le CZ-10B correspond à des attentes d’envoi de larges satellites commerciaux ou de constellations à bas coût, le succès de son booster renvoie par transitivité à celui de son frère 10A, lequel est exprès pensé pour le lancement du véhicule habité Mengzhou vers la Lune ; et la Longue Marche en version triple boosters acheminera le bloc composé de cette capsule et de l’alunisseur Lanyue. L’échéance programmé pour que des taïkonautes foulent le sol lunaire d’ici 2030 se rapproche, et la Chine y consacre toutes ses ressources fort, comme plus tôt en février lors d’un test avorté de lancement de Mengzhou.

Arrivée du booster au dessus de la plateforme © CCTV via Weibo

Ce vendredi 10 juillet a eu lieu le lancement de test de la fusée Longue Marche 10B (ou CZ-10B i.e. Chang Zheng en mandarin), pour le compte de la CASC (Chinese Aerospace Science and Technology Corporation), le conglomérat supervisant les lanceurs étatiques chinois. Il a été réalisé à 4:15 UTC (12:15 heure locale) depuis le complexe n°2 du centre de Wenchang, site flambant neuf situé sur l’île tropicale de Hainan au sud de la Chine, et ce avec un succès retentissant. Et pour cause, la finalité de la mission n’avait pas tant à voir avec la charge utile transportée (un démonstrateur dit Chuangxin) qui elle s’est retrouvée insérée sur son orbite prévue ; le tour de force a résidé dans la tentative fructueuse de retour sur barge du premier étage de la fusée, dont la méthode innovante laisse présager une arrivée saisissante de la Chine sur le terrain de la réutilisation et à forces égales devant ses prédécesseurs américains.

Ascension de la Longue Marche © Yang Guanyu via X-Twitter

C’est sur ce point que le vol se distingue, car après une séparation inter-étages nominale au lancement, le booster ou premier étage est redescendu pendant six minutes avant de revenir sécurisé au sol, ou plutôt celui de sa barge attitrée nommée Linghangzhe (signifiant ‘navigateur’) en mer de Chine méridionale. A environ 430 kms des côtes, la plateforme au design de cage émaillée a su proprement réceptionner l’engin au terme de son retour propulsé. Le procédé épatant tient en ce que le booster, positionné précautionneusement à la verticale et à vitesse ralentie, amène un crochet à des câbles tensionnés et amovibles qui vont freiner le tout, tandis qu’un autre système de filet vient amortir l’énergie du contact par suspension hydraulique, une fois la capture effectuée. On stabilise l’ensemble du remous et du vent par des filins supplémentaires et une attache à la plateforme par le bas, et voilà une infrastructure remarquable allégeant la masse du lanceur en supprimant le besoin pour des pieds d’atterrissage, tout en simplifiant la structure et en augmentant la masse embarquée en charge utile au décollage. 

Les observateurs n’ont rien trouvé à redire de cette prouesse (si ce n’est pour la fumée noire visible au sommet de l’étage, apparemment sans incidence et provenant de liquides propulsifs), et l’enthousiasme était à son comble chez les chinois à la tête de l’opération. Il a été confirmé que l’étage ainsi capté réalisera un second lancement d’ici la fin de l’année.

Vidéo promotionnelle de la mission © CGTN

Allumage d'atterrissage de la part du YF-100K central © China航天 via Weibo

Pour en savoir plus et approfondir les détails relatifs à la récupération du booster de CZ-10B ou à son incidence sur le programme lunaire chinois, référez-vous aux communiqués de CGTN et de la CASC, aux articles de Mike Wall pour space.com, Andrew Jones pour Spacenews, Stephen Clark pour Ars Technica, Matthew Williams pour Universe Today, Pierre-François Mouriaux pour Air&Cosmos, ou à la vidéo dédiée de Scott Manley !

Quand à moi, je vous souhaite un bon retour sur Terre et d’ici votre prochain vol, longue vie et prospérité ! 🖖

Merci de même à Pif pour sa relecture !

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