Canopée, figure de proue du programme Ariane 6

Le navire Canopée arrivant au large de la Guyane en janvier 2023 © ESA / CNES / Arianespace / Optique Vidéo du CSG

Il s’agit d’un véhicule formidable alliant une contribution essentielle au secteur spatial européen, un condensé de technologies de pointe, une révolution en matière de voyage maritime et une empreinte écologique réduite. Son rôle est tel qu’Arianegroup en est le commanditaire pour mener la tant attendue Ariane 6 à bon port.

Aujourd’hui, intéressons-nous brièvement au navire Canopée, ses attributs hors-normes et sa place primordiale dans les campagnes de lancement de la future Ariane 6 !

À la suite d’un appel d’offres, Arianegroup sélectionna en octobre 2019 l’entreprise Alizés, co-détenue par Jifmar Offshore Services et Zéphyr & Borée et dédiée à l’occasion au déplacement maritime décarboné, à la recherche d’un prestataire qui développerait un navire capable d’emporter Ariane 6 à sa base de lancement en Guyane. Conçu par le bureau d’études renommé VPLP Design, sa construction démarre en 2020 dans le port polonais de Szczecin (à prononcer « chtatine ») où il est mis à l’eau en juin 2022 avant de finaliser son armement à Rotterdam. Le navire devient opérationnel en décembre 2022 et Arianegroup l’exploite dès lors à des fins de qualification.

© Alizés via Mer et Marine

Canopée s’avère distinctif de par les contraintes techniques mais aussi environnementales pour lesquelles il a été optimisé, partie intégrante de son complexe cahier des charges. Tandis qu’il diminue le coût associé au transport de moitié, le bateau a significativement recours au vent et consacre une part significative de son trajet à la force de celui-ci : 15% de carburant économisé au minimum et bien plus, ce à vitesse maintenue, en découlera, soit une quantité de 3,5 tonnes non-consommées quotidiennement. Cela est en grande partie dû aux voiles, similaires à des ailes, qui sont dérivées du concept moderne Oceanwings. Cette technologie française garantit l’autonomie ou la rotation des ailes, composées d’un système de volets articulées rendant possible la modulation de l’allure du navire et améliorant la portance. Mentionnons également l’usage du diesel marin, bien moins polluant que le diesel lourd encore récemment répandu.

Vidéo montrant l’accostage de Canopée à Kourou en janvier 2023 © CSG via Youtube

Le bateau amarré à Blainville, en vue du grutage de ses ailes © F. Auvray
Illustration de Canopée en mer © Realnum / VPLP / Zephyr & Borée / Jifmar

Le navire, en plus de son unicité technique, dispose de dimensions et de performances conséquentes : long de 121 mètres et large de 22 mètres, son faible tirant d’eau notamment, équivalant à 5 mètres, l’avantage lors de la navigation dans les eaux peu profondes du fleuve Kourou. Bénéficiant d’un chargement maximal de plus de 3000 tonnes, le bateau est hybride, et sa motorisation s’effectue de fait grâce à deux moteurs fonctionnant au GNL (Gaz Naturel Liquéfié) et au MDO (Marine Diesel Oil), sa propulsion vélique ensuite s’articule autour de 4 mâts hauts de 36 mètres, dont les voiles couvrent 363 m2 chacune. Canopée se déplace à une vitesse de l’ordre de 16 noeuds en moyenne, soit approximativement 30 kilomètres par heure.

Canopée à Roterdam, départ de sa première traversée de l'océan le 27 décembre pour arriver à Pariacabo le 13 janvier 2023 © Y. Derennes / MadFly / Zéphyr & Borée / ArianeGroup via Aerospatium

Canopée est responsable du transport du 1er étage LLPM (Lower Liquid Propulsion Module), du 2nd étage ULPM (Upper Liquid Propulsion Module), de la coiffe ainsi que des enveloppes carbonées des propulseurs P120C de la fusée Ariane 6 depuis l’Europe jusqu’en Guyane. Au cours d’une mission d’acheminement, il partira de Brême et se rendra à Rotterdam, le Havre et Bordeaux où les éléments du lanceur seront successivement chargés avant de rejoindre le port de Pariacabo, voisin du Centre Spatial Guyanais. Ce voyage amorçant une campagne de lancement permettra de rallier Kourou en 28 jours seulement, contre le double du temps d’Ariane 5, selon un plan de 11 rotations par an.

Cheminement des différents éléments d'Ariane 6 vers Kourou, à l'aide de Canopée et de ses escales © Zéphyr & Borée via agences-spatiales.fr

Dans l’attente de sa première mission de transfert transatlantique, le Canopée aura performé une entrée magistrale en juin à l’Armada de Rouen, lors de laquelle le public a eu l’occasion de le contempler et même de monter à son bord. Afin d’être pourvu de ses uniques voiles, le navire a mouillé dans le port de Caen et stationné sur une berge du canal reliant la ville à la Manche. L’opération de grutage a été effectuée du 24 au 27 juillet en face de la commune de Blainville-sur-Orne, où j’ai eu la chance de me rendre dans le but de le voir de mes propres yeux !

Canopée observé de la rive droite © Crédits personnels
Arrivée du Canopée à Rouen pour l'Armada 2023 © C. Thiry / Paris Normandie
Canopée observé de la rive droite © Crédits personnels
Canopée vu de la rive gauche du canal de Caen, durant son grutage © Crédits personnels

Pour en savoir plus et approfondir les détails relatifs à Canopée, référez-vous à la page associée de Zéphyr & Borée, au guide technique proposé par Alizés, au communiqué lié au premier voyage du navire d’Arianegroup ou bien aux articles de Paris Normandie, Les Echos, BFMTV ou Paris Match.

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