Virgin Orbit en faillite se fait départager

Virgin Orbit, fondée par le milliardaire Richard Branson en 2017, voulait se démarquer en tant qu’acteur du secteur spatial privé en proposant des services de lancement flexibles et abordables, basés sur un système innovant de mise en orbite de petits satellites grâce à la fusée LauncherOne, elle-même aéroportée et larguée en altitude par un Boeing 747 modifié nommé Cosmic Girl. Malgré quelques exploits et un potentiel certain, l’entreprise n’aura pas su survivre à des contraintes financières trop élevées, corollaires à un business plan trop inefficace. Exacerbée par l’échec de la mission Start Me Up en janvier, sa situation critique l’a menée en avril à déclarer faillite puis à mettre aux enchères ses actifs, départagés à présent entre Rocket Lab, Stratolaunch et Launcher. Virgin Orbit n’est désormais plus.
Le 9 janvier 2023 rentra dans l’histoire : ce jour-ci se produisit le premier lancement effectué depuis le sol européen, à l’occasion de la mission Start Me Up réalisée par Virgin Orbit, mais qui aboutira sur un échec en milieu de vol. Un filtre à carburant s’était délogé dans le système de propulsion du second étage de LauncherOne et avait causé un dysfonctionnement de l’apport en kérosène du moteur Newton-4, qui se coupa prématurément. L’entreprise complètera son enquête le 19 en la rendant publique, mais son avenir troublé en raison de son déficit budgétaire important compromettra gravement le retour en vol de LauncherOne et du système aéroporté de Virgin Orbit.


Dans un mail envoyé en interne, Tony Gingiss, directeur de l’exploitation de la compagnie qui sera de même renvoyé, s’excuse auprès de ses employés de ne pas avoir su résoudre des problèmes selon lui évitables, écrivant « Vous méritiez mieux que ça ! ». En mai, la compagnie partagera avoir connaissance de plus de 30 demandes de divers parties intéressées, démontrant l’intérêt que revêtait l’aventure de Virgin Orbit, l’espoir d’un rachat complet de l’entreprise ayant encore été envisagé alors. La Fortune ne se manifesta cependant pas, aucune piste de stabilisation ou de reprise en main ne s’étant ouverte, et le déroulement des enchères se poursuivit jusqu’aux ventes normalement admise par le tribunal le 24.
Simultanément à la fin des enchères, Virgin Orbit assurera leur bonne tenue ainsi que celle de l’entièreté du processus de faillite. Dans la foulée, la société confirmera cesser définitivement ses activités. « Tel est l’héritage de Virgin Orbit. […] [A tous ceux ayant contribué aux projets], merci de l’immense honneur que cela a été d’être un membre de votre équipe » conclura Dan Hart, PDG de l’entreprise, sur Linkedin.

Mi-mars, Virgin Orbit annonce congédier une partie de son personnel. L’entreprise licencie ensuite 85% de sa main d’œuvre soit environ 675 personnes, par manque de capital percevable à l’amiable pour contrer ses dépenses, bien qu’une équipe réduite d’une centaine d’employés ait été conservée de manière à continuer parallèlement la préparation de la prochaine mission et de LauncherOne, avant de se placer le 4 avril sous la protection du Chapitre 11 de la loi contre les faillites. Cela signifie que, lorsque les entreprises américaines ont recours à cette législation afin de sauver leur business, celles-ci proposent dans leur requête un plan de réorganisation, approuvé par un tribunal fédéral, grâce auquel elles demeurent actives et paient convenablement leurs créanciers.


Extrait vidéo de la mission Launch Demo 2 ayant permis, le 17 janvier 2021, le premier lancement aérien d’une fusée à propulsion liquide © Virgin Orbit via Youtube

À hauteur de 17 millions, l’offre de Stratolaunch à l’égard de Virgin Orbit, plongée dans son processus de vente, est apparue comme un « cheval de bataille ». Acceptée en instance judiciaire, elle octroya à l’entreprise le Boeing 747-400 anciennement employé par Virgin Orbit, Cosmic Girl, qui vint agrandir la flotte de l’entreprise qui l’opérera à terme en tant que plateforme de lancement pour son véhicule réutilisable hypersonique Talon-A. Ayant conçu l’avion le plus large au monde, Roc, cet acteur privé étendra les possibilités de ses vols d’essai tout en consolidant les partenariats qu’il proposera.

Avec l’aval du tribunal fédéral des faillites du Delaware ayant validé les enchères, Rocket Lab, Stratolaunch et Launcher sont devenus les nouveaux propriétaires de plusieurs biens auparavant détenus par Virgin Orbit, le montant de leurs offres s’élevant à 36 millions de dollars.
Rocket Lab, dont l’offre atteignait 16,1 millions, a obtenu des locaux californiens situés à Long Beach, une zone en banlieue de Los Angeles dans laquelle l’entreprise est déjà implantée. Le siège et le complexe de production vendus en étant voisins, l’entreprise bénéficie ainsi par les clauses de la vente de 13400 m² de superficie, d’imprimantes 3D, d’une machine spéciale de soudure de réservoirs et d’autres équipements techniques qu’elle compte utiliser en vue du développement de son futur lanceur Neutron. En effet, le gain matériel qu’apportera la location de ce site ou Conant Facility en facilitera et accélèrera significativement les capacités de test ou la mise en service.

La compagnie Launcher, subsidaire de Vast Space qui l’a achetée en février, reçut quand à elle et suite à son offre de 2,7 millions le site de test de Mojave, sur lequel elle disposera de machineries et d’infrastructures telles des bancs d’essai et un hangar. Sa société-mère prévoyant de construire une station orbitale, Launcher travaille notamment sur le moteur-fusée E-2 qui y serait probablement au centre des travaux de la startup.

Pour en savoir plus et approfondir les détails des déboires de Virgin Orbit, référez-vous à la notice de fin de vente du tribunal du Delaware, à l’annonce analogue via BusinessWire, à un document transmis au SEC (Security and Exchange Commission) le 17 avril, aux dernières annonces de la compagnie, aux articles de Jeff Foust pour Space News ou à ceux de Michael Sheetz pour CNBC relatifs au sujet.